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Lanzarote – L’île de feu de César Manrique

Presque tout est noir à Lanzarote. C’est l’île de feu du génial peintre, architecte, sculpteur et écologiste César Manrique. Sur cette île spectaculaire, on rencontre sa valeur de vie à chaque pas. Personne d’autre n’a autant marqué une île que cet homme qui, un jour, a succombé à ses blessures après avoir été renversé par une voiture devant sa porte.

C’était la vision de Manrique de changer l’île de sa patrie et de ses rêves. Il y a une chose qu’il a vue venir de son vivant : Lanzarote s’est depuis longtemps affranchie de son ancien statut de foyer pauvre des Canaries et est aujourd’hui l’une des destinations de vacances les plus prisées. Cette île doit être appréciée et vécue avec tous les sens.

Lanzarote – née dans le feu et façonnée par un artiste

Si le mot “sauvage” s’applique à l’une des sept îles Canaries, il ne peut en fait s’agir que de Lanzarote. Elle est née dans le feu et se présente dans le parc national de Timanfaya comme un paysage qui pourrait avoir été créé par le diable. Le grand centre d’accueil des visiteurs et le restaurant du parc affichent la taille imposante de ce diable, créé par le génial artiste et architecte César Manrique.

Celui-ci a marqué cette île comme personne d’autre et il n’aurait jamais imaginé de son vivant que son diable de feu de Timanfaya deviendrait un jour la marque de fabrique de Lanzarote et un souvenir très recherché par les touristes. Cette île a inspiré César Manrique, et quiconque voyage aujourd’hui vers les principaux sites touristiques de Lanzarote rencontre toujours ses idées et ses œuvres.

Le diable de feu de Timanfaya – un symbole de Lanzarote.

Aucune trace des “anciens Canariens”.

Ce sont les contrastes qui ont fait de Lanzarote une “beauté sauvage”. La vue ne s’étend certes pas jusqu’à la côte africaine, mais ce n’est pas seulement la proximité géographique qui relie l’île au Maroc. C’est probablement de là que sont venus les premiers hommes qui ont colonisé ce paysage en grande partie aride et qui se sont avant tout servis des fruits de la mer.

Il n’existe aucune trace de ceux que l’on appelle les “anciens Canariens”, si ce n’est des gribouillages circulaires sur divers rochers. On sait seulement qu’ils furent un jour chassés de leur prétendu paradis par les soldats des souverains de la maison royale de Castille. Lanzarote devait servir de station commerciale et de port sur la route des navires vers l’Amérique au début du 15e siècle, mais ces considérations ont ensuite disparu dans les brumes de l’histoire.

Témoignage d’un géologue : “Pas d’arbre, pas d’herbe”.

Leopold von Buch était un géologue allemand qui s’est rendu à Lanzarote en 1825, car il consacrait l’essentiel de ses études au volcanisme. Il avait auparavant visité le Vésuve en Italie et la Caldera de Taburiente sur l’île de La Palma, et c’est à Lanzarote qu’il s’est rendu compte que les éruptions volcaniques qui s’y produisaient provenaient apparemment d’une seule fissure terrestre. Plus tard, il a tenu un discours à ce sujet à l’Académie des sciences de Prusse. Il donna à Lanzarote un très mauvais certificat, et résuma brièvement le décor qu’il y trouva : “Pas un arbre, pas une herbe…”. A l’époque de sa visite, Lanzarote était en effet encore considérée comme l’un des foyers pauvres des îles Canaries. Mais avec le tourisme, une certaine prospérité a fini par s’y installer.

Un simple clin d’œil de l’histoire

Selon les volcanologues, un “point chaud” se déplace d’est en ouest sous la croûte terrestre des îles Canaries. Il se décharge de temps en temps en éruptions et donne naissance à de nouvelles îles au large des côtes africaines. Lanzarote en est le meilleur exemple, car c’est là que s’est produite la plus grande de toutes les éruptions volcaniques au cours des six années comprises entre 1730 et 1736. Certes, ces presque trois cents ans qui se sont écoulés depuis ne sont plutôt qu’un clin d’œil de l’histoire, mais le vacancier qui se laisse aujourd’hui conduire en bus à travers le parc national de Timanfaya ne peut guère s’empêcher de penser que cette catastrophe s’est produite il y a seulement quelques années.

Le curé de Yaiza a vécu l’enfer

Un document remarquable sur les événements de septembre 1730 a été conservé. Il a été rédigé par le curé de Yaiza, un village situé entre la crête de Los Ajaches et le paysage volcanique des montagnes de Timanfayas. Voici les phrases clés de son récit dramatique : “Une énorme montagne s’est formée la première nuit et a brûlé pendant 19 jours. Une coulée de lave s’est déversée dans la mer et les côtes ont été recouvertes d’énormes quantités de poissons morts”. L’ecclésiastique n’a terminé les notes de son journal qu’à l’heure où les masses de lave atteignaient sa chapelle. Il avait vécu l’enfer sur terre lorsque l’ancien grenier à blé de Lanzarote avait été détruit.

Quatre cents degrés Celsius à quatre mètres de profondeur

Le parc national de Timanfaya, avec ses montagnes de feu, est sans aucun doute la plus grande curiosité de Lanzarote. Il s’étend sur 51 kilomètres carrés et ne peut être visité que dans le cadre d’un voyage en bus réservé. Les masses de lave occupent un quart du volume total de l’île et, à certains endroits de ce paysage lunaire, le sous-sol est encore assez chaud. Cela est démontré de manière impressionnante directement au centre des visiteurs, lorsque des ouvriers jettent des buissons de genêt dans un gouffre chaud et que ceux-ci commencent à brûler immédiatement.

Lorsque de l’eau est versée dans le trou, une fontaine de vapeur se forme. À quatre mètres de profondeur, la température atteint quatre cents degrés Celsius. Huit mètres plus bas, la température atteint six cents degrés Celsius. Le restaurant “El Diabolo” sert d’ailleurs des cuisses de poulet cuites sur le gril avec la chaleur de la terre.

D’une terre désolée, Manrique a fait un joyau

Le cœur volcanique de l’île a visiblement toujours séduit l’artiste et architecte César Manrique, car là où d’autres voyaient à Lanzarote un désert infini, lui a découvert un joyau après l’autre. Il a profité des formes bizarres des formations de lave pour créer des choses inhabituelles. Toute sa vie, il a lutté contre les changements à Lanzarote. Il détestait les châteaux-hôtels et le tourisme de masse et leur opposait sa façon de penser et d’agir.

Aujourd’hui, Lanzarote ne serait pas ce qu’elle est sans les idées de cet homme. Un jour, alors qu’il se trouvait au nord de l’île devant l’entrée d’une grotte ensevelie sous les détritus, il a dit à son compagnon, l’ami de ses jeunes années : “Si tu m’aides, j’en ferai l’un des plus beaux endroits du monde”. Il y est parvenu !

De crabes albinos et de concerts souterrains

Jameos del Agua est aujourd’hui autant un lieu de culte qu’un lieu culturel. L’héritage impressionnant d’un génie. Lorsque les premiers visiteurs ont découvert cette œuvre d’art souterraine en 1966, beaucoup d’entre eux ont retenu leur souffle. Sous le champ de lave du volcan Monte de la Corona, une merveille de la nature avait vu le jour. Avec un lac dans lequel s’ébattent des écrevisses albinos, un tube de cent mètres de long, un système d’éclairage intéressant qui donne l’impression que des étoiles scintillent sur l’eau calme et une voûte qui peut être utilisée pour des concerts. Le tunnel de lave, vieux de cinq mille ans, a dès lors pris vie et est l’un des chefs-d’œuvre de César Manrique. En surface, le visiteur accède à une piscine d’un blanc neigeux bordée de palmiers, à un restaurant et à un musée.

“Au pays des volcans, je suis moi-même un volcan”.

Manrique était un enfant de l’île de Lanzarote. Son berceau se trouvait dans la capitale, Arrecife. Plus tard, il a étudié à Madrid et on se moquait souvent de lui lorsqu’il présentait ses idées. Il s’est essayé à la peinture abstraite, puis a déménagé à New York, où ses œuvres étaient exposées dans une galerie à côté de celles de Joan Miró. Il était désormais célèbre, mais ses pensées revenaient toujours à Lanzarote. “Dans ce pays de volcans, je suis moi-même un volcan”, a-t-il dit un jour, et il a commencé à développer des concepts pour des projets inhabituels. Il rêvait d’un “paradis du peu” et utilisait dans ses constructions les matériaux dont l’île disposait en abondance : la lave !

Aucun bâtiment n’est plus haut qu’un palmier

Mais Manrique se considérait aussi comme une sorte de missionnaire et d’écologiste. Il voulait empêcher que sa terre natale ne devienne un paysage bétonné. Et il a eu du succès dans ses efforts, car l’administration de l’île a signé une loi selon laquelle aucun bâtiment ne devait être plus haut qu’un palmier. Le Jardin de Cactus, un jardin impressionnant avec d’innombrables cactus, le Mirador del Rio avec la vue sur la petite île de La Graciosa ainsi que de nombreuses œuvres d’art au bord de la route sont nés de son imagination. Après son décès en septembre 1992 dans un accident de voiture devant sa porte, son impressionnante maison est désormais ouverte au public pour des visites.

Teguise – maisons de style colonial espagnol

À Lanzarote, personne ne peut ignorer Manrique. C’est sous sa direction qu’a été créé le centre de vacances Costa Teguise avec ses maisons blanches de style canarien. Il a également conçu la piscine du premier hôtel cinq étoiles de Lanzarote, l’hôtel “Melia Salinas”. Le village historique de Teguise a été détruit à plusieurs reprises par des pirates, puis reconstruit à chaque fois. Aujourd’hui, certaines maisons de style colonial espagnol y sont classées monuments historiques. Toute la vieille ville de Teguise ressemble à un musée et celui qui se promène dans les ruelles étroites marche sur les traces de l’histoire. Partout sur l’île, on trouve des aubergistes accueillants et des restaurants paisibles.

Viticulteurs et artistes paysagistes

La culture du vin n’est pas seulement une tradition à Lanzarote – de nombreux viticulteurs se considèrent comme des artistes du paysage. Dans la région de La Geria, chaque cépage pousse dans une dépression creusée spécialement pour lui, où l’humidité de la nuit s’accumule et où les plantes sensibles sont protégées du vent par un mur de pierres empilées. Dans ces vignobles, non loin du parc national de Timanfaya, des vins fins sont servis sur les tables de fincas pittoresques. La plupart des domaines possèdent un petit bar proposant une sélection de vins et de tapas bien assortis. Les principaux cépages cultivés sont le moscatel et le malvoisie. La plus ancienne cave à vin des Canaries est El Grifo. Un musée du vin est rattaché à la bodega.

La “vague parfaite” près du village de pêcheurs de La Santa

Les véliplanchistes ont trouvé depuis longtemps leur meilleure plage à Lanzarote et y ont trouvé la “vague parfaite”. Les experts parmi eux sont attirés par les environs du village de pêcheurs de La Santa, mais ce n’est pas un terrain de jeu pour les débutants en raison de l’imprévisibilité de l’océan. Ceux-ci devraient plutôt tenter leur chance sur la plage de Caleta de Famara. Ceux qui souhaitent se baigner dans la mer turquoise doivent être vigilants à Lanzarote, car toutes les plages ne sont pas adaptées à la baignade. Les vacanciers préfèrent le nord-est de Lanzarote avec ses dunes qui brisent aussi le vent : Mojón Blanco et Caletón Blanco. Si l’on ne vient pas ici lors d’un week-end chaud, on trouve sa place protégée sur la plage.

Hôtels luxueux et restaurants de première classe

Lanzarote se veut un lieu de résidence pour les personnes qui exigent une certaine qualité de leur destination de vacances. C’est pourquoi il ne manque pas d’hôtels luxueux, de restaurants de première classe et d’une infrastructure exemplaire. Le nombre de visiteurs a atteint de nouvelles dimensions depuis que la magie de cette île atypique des Canaries s’est répandue. Les lieux de vacances les plus prisés sont désormais Puerto del Carmen, Costa Teguise et Playa Blanca.

Le modèle de résolution touristique de Lanzarote a connu une reconnaissance internationale et, au début des années 1990, l’île entière a été déclarée réserve de biosphère par l’UNESCO. Tous les rêves de l’artiste César Manrique ne se sont pas réalisés sur “son” île, mais Lanzarote a sans aucun doute réussi le grand écart entre l’exigence d’exploiter les ressources naturelles et celle de servir le tourisme, grâce à son offre de loisirs variée.